Le paddock du Grand Prix Historique de Monaco s’est réveillé lentement, vendredi matin, sous un ciel intégralement bleu… comme la Matra MS120B (à moteur V12 made in France) de Jean-Pierre Beltoise qui avait abandonné en 1971 (transmission) après avoir signé le 7e chrono des qualifications.
Engagée dans la Série E, elle sera pilotée par Nicolas Matile. L’année suivante, en 1972, Beltoise remportait une victoire historique à Monaco, sous la pluie, dans une BRM 100% britannique.
Maserati n’a laissé que des miettes à ses rivaux lors de la 1re séance d’essais libres de la Série C, réservée aux voitures de sport à moteur avant ayant couru entre 1952 et 1957, dont certaines lors de la Coupe du Prince Rainier qui a fait office de GP de Monaco en 1952. Déjà auteur du meilleur chrono de la Série B, l’Espagnol Guillermo Fierro-Eleta a récidivé en 2 minutes 5 secondes et 494/1000 dans une 300 S très impressionnante, face à un plateau aussi varié que relevé. Le deuxième temps de cette séance est revenu à une autre 300 S pilotée par David Hart, devant la Jaguar Type D, avec aileron de requin, de Niklas Halusa, le fils de Martin.
C’est la Ferrari Dino 246 à moteur V6, placé à l’avant, qui a été la première à déchirer le silence du paddock vendredi matin, sur le port de Monaco, quelques heures avant son entrée en piste dans la Série B. Avec un son à donner la chair de poule aux quelques passionnés qui l’ont écoutée religieusement, comme s’ils étaient à la Scala de Milan. Cette voiture, produite en 1960, trois semaines après le GP de Monaco, n’a été pilotée cette année-là que par le champion du monde américain Phil Hill. Elle a remporté à Monza la dernière victoire d’une monoplace à moteur avant dans le Championnat du monde de Formule 1.
Premier pilote du week-end à boucler un tour en moins de deux minutes, Mark Shaw, dans sa Lotus 21 à moteur Climax, construite en 1961, a dominé de la tête et des épaules la 1re séance d’essais libres de la Série D, en 1 minute 53 secondes et 199/1000, soit presque dix secondes de mieux que la Brabham BT2, à moteur Ford, du Français Philippe Bonny, encerclé par les Lotus puisque deux modèles 24 de la marque mythique fondée par Colin Chapman le suivent au classement, pilotées par le Suisse Philipp Buhofer et l’Australien Stephan Jobstl.
Le Grand Prix de Monaco Historique devait avoir les honneurs vendredi à la mi-journée, pendant la pause des essais libres, d’un reportage dans le Journal Télévisé de TF1, autrefois présenté par le célèbre Jean-Pierre Pernaut, un grand amateur de sport auto. Une équipe de tournage était présente tôt le matin et a notamment interviewé Géry Mestre, le président de la Commission des Voitures de Collection à l’Automobile Club de Monaco (ACM).
Une Surtees TS9 devant une McLaren M19 et une March 721 : les monoplaces et les pilotes britanniques ont montré les dents dès la 1ere séance d’essais libres de la Série E, réservée aux F1 du début des années 70.
Et Michael Lyons a devancé Stuart Hall et David Shaw, en bouclant son tour le plus rapide en 1:38.711, un chrono stupéfiant pour une voiture de 50 ans d’âge. Une Ferrari et une Brabham ont complété le Top 5.
Ferrari célèbre un anniversaire unique en 2021 : il y a tout juste 70 ans, la Scuderia remportait sa première victoire en Championnat du monde de Formule 1, grâce à l’Argentin José Froilán Gonzalez, au Grand Prix de Grande-Bretagne 1951, sur le circuit de Silverstone.
Quoi de mieux, pour que la fête soit complète, que de réunir deux ex-pilotes Ferrari : Jean Alesi (201 GPs disputés 2 pole positions et 1 victoire au Canada) et René Arnoux (149 GPs disputés, 18 pole positions et 7 victoires) au volant de deux 312 B3 de 1974 (engagées par le team Mathusalem). Arnoux, le grand rival de Gilles Villeneuve, surnommé « l’Acrobate » par « Néné » lui-même, et avec lequel il livra à Dijon (1979) l’un des plus beaux duels de l’histoire de la F1. A jamais son ami. Au GP de Monaco 1982, après la mort de Gilles, Ferrari n’engagea qu’une seule voiture et René Arnoux décrocha la pole position avec sa Renault dont le moteur turbo n’étaient clairement pas adapté aux rues étroites de la Principauté.
Comme une sorte d’hommage posthume à l’acrobate québécois. Toujours aussi passionné et proche de ce public qui l’a rendu si populaire, René Arnoux ne s’est pas fait prier pour reprendre du service et faire hurler le V12 de sa Ferrari 312 B3 dans les rues de la Principauté, aux côtés de son ami Jean Alesi. Du spectacle en perspective car les deux compères ne sont certainement pas là pour faire de figuration !
La 1re séance d’essais libres dédiée à la Série F a été particulièrement disputée, et à la fin c’est un triple vainqueur des 24 Heures du Mans, Marco Werner, dans une Lotus 77, qui a devancé de 113 millièmes de seconde seulement le jeune Michael Lyons dans une McLaren M26.
Les deux pilotes Ferrari, Jean Alesi (3e) et René Arnoux (10e), très attendus, ont fait le maximum mais ont dû s’avouer vaincus en raison de petits problèmes sur leurs Ferrari 312 B3 de 1974, face à des voitures bien plus récentes. Puis Arnoux s’est volontiers prêté à une petite analyse de ses premiers tours de roues. Le bon point, c’est la qualité de la voiture qui lui a permis d’être immédiatement « comme chez lui », et le point négatif venait d’un nombre de tours couverts trop faibles (7) à cause d’un souci de boîte de vitesses. Mais René a gardé son éternel sourire et un optimisme intact pour les qualifications de samedi.
Le poste de pilotage de la Gordini T16 de 1952 qui a participé à 17 manches du Championnat du Monde, pilotée notamment par Jean Behra, victorieux à Reims cette année-là : un volant aussi discret que le gouvernail d’un paquebot, un levier de vitesse à la position improbable, des pédales bien difficiles à atteindre pour un être humain normalement constitué… les pilotes de l’époque devaient aussi savoir jouer les contorsionnistes.

En plus des deux Ferrari 312 B3 pilotées par Lauda en 1974, il y aura cette année sur la piste monégasque deux monoplaces dans lesquelles Hunt a écrit les premières et dernières pages de sa légende : la Hesketh 308 (4 exemplaires produits) dans laquelle il a débuté, en 1974 (2 podiums, abandon à Monaco) et gagné en 1975 au GP de Hollande, le jour de la seule victoire de la marque anglaise en F1 ; la McLaren M26 (7 exemplaires produits) dans laquelle Hunt a remporté ses trois derniers GPs en 1977 (GB, USA, Japon).